AMOURS ET DEMELES
La chapelle-aux-bois
Le 10 octobre 1875
A la comtesse Sophie De Sirach,
J'ai énormément souffert de vous cacher ce que je suis maintenant, je crois, apte à vous révéler.
Je crains, connaissant la force et la dureté avec laquelle vous prenez et juger les choses, votre réaction.
Mais je ne puis m'empêcher de vous révéler l'ampleur qu'ont prit mes sentiments envers vous depuis notre rencontre au mois de Juin.
Aimer en secret, aimer en silence, aimer en cachette : cela m'est devenu impossible.
C'est pour ce que je vous avoue, que je vous écris, noir sur blanc, la force et l'amour que je ressens pour vous, belle Sophie.
Même si votre regard me glace, votre bouche me donne envie. Même si votre nez ne peut pas me sentir, vos joues sont à croquer. Je ne puis résister plus longtemps à votre invincible charme.
Votre esprit est des plus évolués, des plus cultivés. Je ne puis résister plus longtemps à votre conversation.
Des que je vous aperçois, tout en vous, me donne un frisson innommable qui parcourt mon corps pendant quelques secondes.
Je vous désire et vous veux toute entière mais j'ai peur car je ne sais pas comment mes profonds sentiments me seront rendus.
J'ai passé de longues nuits éveillées à me demander ce que vous pouviez pensez et ressentir à mon égard.
Ma lettre pourrait se poursuivre et se confondre par une énonciation des centaines de qualités qui vous sont conférées mais cela serait des plus inutiles car votre orgueil justifié vous a déjà tout apprit.
Sans plus de détours je vous demande de répondre à cette lettre avec la spontanéité dont vous faites si bien preuve.
Avec tout mes respects et tout mon amour,
Duc Charles De Murisse.
Quand la belle et cultivée Madame De Sirach reçut cette lettre, son orgueil et sa vanité n'en furent que plus renforcée. C'est en pleine confiance en elle qu'elle envoya à son cher Charles une invitation à diner pour le lendemain.
La comtesse de Sirach, qui avait alors vingt-neuf ans était probablement la plus belle et la plus riche femme de la région. Mais elle était froide, hautaine et par-dessus tout vaniteuse.
Aucun homme ne pouvait ne point succomber à son charme Allemand et à son esprit reconnu pour être des plus cultivés.
Mais malheureusement pour ses nombreux prétendants Sophie était mariée depuis ses dix-sept au comte de Sirach. De son nom de jeune fille, Von Kusser, la comtesse était une descendante directe du roi de Prusse. Elevée dans la richesse et l'extravagance, sa mère l'avait fait mariée au comte de Sirach, riche descendant des rois de France.
Le duc Charles de Murisse, lui était de noble souche aussi mais moins riche que le comte de Sirach. Il avait eu vingt deux ans en mai dernier et avait décidé de s'installer dans un autre endroit, il avait donc choisi un petit village, pas loin de Nancy, appelé La chapelle-aux-bois. Il y avait fait la rencontre du comte et de la comtesse de Sirach en Juin lors d'un diner mondain chez des amis communs. Il s'était tout de suite en amouraché de la comtesse, il aimait sa présence d'esprit rare chez les femmes, sa beauté, son intelligence, sa conversation passionnante et sa capacité à diriger son mari, qui lui aussi avait l'air fou d'elle.
Le duc Charles était aussi quelqu'un de très cultivé et doté d'un esprit très fin. Il était remarquablement beau et avaient des manières très distinguées dont les femmes raffolaient.
Il avait déjà eu plusieurs prétendantes pour son mariage mais n'avait pas encore, depuis se rencontre avec la comtesse Sophie, rencontré la femme qui lui conviendrai.